Il y a des mots qui semblent simples, presque évidents, et qui pourtant résistent dès qu’on tente de les vivre. Le pardon à soi fait partie de ceux‑là.
On croit savoir ce que cela signifie. On croit même parfois l’avoir déjà fait. Mais dès que l’on s’approche de cette zone intime où se logent nos regrets, nos maladresses, nos choix manqués, nos silences, nos abandons de nous‑mêmes… quelque chose se contracte.
Et là, la petite voix à l'intérieur de nous murmure : « Est‑ce que j’ai vraiment le droit de me pardonner ? »
C’est précisément là que commence le travail. Et c’est ce que nous avons touché hier, ensemble, lors de l’atelier : ce moment où l’on réalise que le pardon à soi n’est pas un geste moral, mais un mouvement, un passage de la survie vers plus de vie.
Le pardon à soi n’est pas une absolution : c’est une réconciliation
Se pardonner ne signifie pas effacer ce qui a été vécu, ni se déresponsabiliser. Ce n’est pas se dire que “tout était parfait”, ni se convaincre que “ça n’a pas d’importance”. C'est un retour vers soi.
Hier, nous avons vu combien il pouvait être difficile de se regarder sans être tenté.e de détourner les yeux. Nous avons exploré cette frontière délicate entre lucidité et auto‑flagellation. Nous avons exploré l'idée que se pardonner, c'est se reconnaître.
Se reconnaître dans l'idée que l’on a fait ce que l’on a pu, avec les ressources, la conscience, la maturité, les blessures et les peurs du moment. Reconnaître la part de soi qui a parfois manqué de courage, de clarté, de présence, de douceur. Reconnaître que l’on est humain, avec des limites.
En cela, le pardon à soi est un acte de maturité intérieure, un acte de vérité, et un acte d’amour.
Est‑il nécessaire ?
Oui, si l’on veut avancer sans traîner son passé comme une ombre qui nous colle à la peau.
On peut vivre toute une vie avec des reproches silencieux envers soi. Ils se glissent dans nos relations, dans nos choix, dans nos élans. Ils nous retiennent au moment d’aimer, de créer, de nous engager, de nous affirmer.
Le refus de se pardonner est une forme de loyauté envers la souffrance, une manière de se punir pour ne pas oublier, une façon de croire que l’on se place du bon côté de l'humanité en se maintenant dans la culpabilité.
Mais la culpabilité n’enseigne rien. Elle enferme, répète, fige.
Le pardon, quant à lui, libère l’énergie. Il ouvre un espace où l’on peut enfin respirer et faire d'autres choix. Commencer quelque chose de différent.
Se pardonner, c’est cesser de se tenir en otage
Tant que l’on ne se pardonne pas, on se juge plus qu’on ne s’écoute, on se surveille plus qu’on ne s’accompagne, on se retient plus qu’on ne s’autorise, on se punit plus qu’on ne se soutient.
Hier, nous avons expérimenté ce que cela fait de déposer un instant ces mécanismes afin de laisser un espace au vécu passé que nous voulions dépasser. Et de sentir, même fugitivement, ce que cela change de ne plus se tenir soi‑même en otage.
Se pardonner, c’est se redonner la liberté d’être autrement.
Le pardon à soi est un cheminement
Il demande de la patience, de la lucidité, de la douceur, du courage, et parfois… d’être accompagné.e.
Car il est difficile de se pardonner seul lorsque l’on est encore prisonnier de ses propres jugements. Hier, chacun a pu sentir combien le regard d’un.e autre logé.e à la même enseigne peut devenir un miroir où il est possible de se voir autrement.
Une suggestion de lecture pour prolonger le chemin
Pour celles et ceux qui souhaitent approfondir ce thème avec finesse et profondeur, le tout nouvel ouvrage d’Olivier Clerc, Le pardon à soi, paru ce mois-ci aux éditions Animae offre un éclairage précieux. Il explore avec délicatesse ce mouvement intérieur qui consiste à se réconcilier avec soi-même, et résonne particulièrement avec ce que nous avons traversé ensemble hier.
Le pardon à soi n’est pas un aboutissement : c’est un commencement
Se pardonner, ce n’est pas tourner la page. C’est changer d’encre pour décider d'écrire la suite autrement. C’est se tenir la main et dire à la vie :
« Je suis prêt.e à avancer avec moi, et non contre moi. »
Pour conclure : se pardonner, c’est se rendre disponible à l’amour
Le pardon à soi n’est pas une option c'est une condition pour être capable d'aimer, de créer, de s'engager, de se relier. C'est une manière transformatrice de remettre du mouvement là où c'était resté figé pour faire davantage circuler l'amour en soi et autour. Notre seule quête qui vaille, au bout du compte.